Le counselling parental, une expérience québécoise Nathalie THOMAS
Licenciée en Logopédie.
Article paru dans les Cahiers de la SBLU (2003), n°15, 46-49.
- Très répandu aux Etats-Unis et au Canada, le counselling parental ou conseils aux parents existe depuis une quinzaine dannées. Il se pratique dans les institutions spécialisées sous la forme des programmes Hanen, mais aussi sous des formes similaires dans la plupart des centres daide à la petite enfance.
Ces programmes permettent de fournir des conseils aux parents de façon ponctuelle lors dune évaluation mais également au cours de « formations ». Elles sappuient sur lidée que le parent est une personne significative pour lenfant ; cest lui qui le connaît le mieux, qui passe le plus de temps avec lui; cest encore lui qui lui fournit, sans en être conscient, lappui nécessaire à lapprentissage de la communication. Ces programmes visent dune part à outiller les parents par rapport au problème de langage de leur enfant et dautre part à augmenter lefficacité de lintervention logopédique individuelle (en Amérique du Nord, les thérapies se font la plupart du temps avec les parents).
Certains programmes se sont spécialisés dans les interactions parent-enfant autiste. La tendance actuelle est en effet au développement de la spécificité de ses formations (IMC, prématurés, traumas, surdité, ), et ceci dès le plus jeune âge (18-24 mois).
Ayant travaillé à lHôpital Sainte-Justine de Montréal, jai pu pratiquer ce counselling parental au quotidien lors des évaluations et des thérapies ainsi que par lanimation dun groupe de parents ; je me propose de vous faire part de cette expérience
Avant de passer au vif du sujet, une mise en contexte de mon expérience me semble nécessaire : les orthophonistes manquent de façon cruciale au Québec (doù les programmes de recrutement ). Les listes dattentes pour les évaluations et les prises en charge sont dès lors fort importantes (jusquà un an et demi dattente). Les formations sont alors proposées aux parents après la première évaluation et avant une prise en charge individuelle, afin de ne pas les laisser démunis devant les difficultés de lenfant et de ne pas laisser la situation saggraver. La participation aux formations sétablit toujours sur une base volontaire.
Les groupes que jai pu animer étaient composés de 10 à 15 parents (de préférence des couples père-mère) ; leurs enfants souffraient de difficultés phonologiques et/ou morphosyntaxiques et avaient généralement entre 3 et 7 ans. Ces enfants présentaient un retard de langage plus ou moins sévère (associé ou non au retard mental, à la prématurité, à des malformations dorigine syndromique, ).
Les buts de la formation étaient :
- rendre le parent plus sensible au langage et à ses caractéristiques en général et au langage ou aux moyens de communication utilisés par son enfant en particulier (en lobservant, en lécoutant, ).
- créer plus dopportunités déchanges et de communication.
- mieux suivre lenfant dans ses questions et ses réponses.
- augmenter la capacité de lenfant à se faire comprendre et à sexprimer.
- utiliser le jeu avec lenfant (jouets, livres, musique, activités créatives) pour améliorer ses moyens de communication.
Ceci en raffinant les habitudes de communication du parent, en mettant laccent sur des habitudes naturelles à adopter. En dautres mots, en adaptant sa façon de communiquer avec son enfant au cours de conversations spontanées, tout en tenant compte des aptitudes de celui-ci.
Le counselling était organisé autour de deux axes :
- les séances dévaluation (au nombre de trois). Après la première séance, une grille dévaluation des attitudes communicatives du parent était dressée, laquelle était complétée au cours des séances suivantes (stratégies pour comprendre lenfant et le faire parler, but de lutilisation du langage, comportement général, etc.). La première et la dernière séance étaient filmées. Ces enregistrements permettaient dobserver les attitudes communicatives et les modifications de ces attitudes.
- La formation (6 cours en groupe). Ces 6 séances permettaient daborder les différents aspects du langage et attitudes communicatives, à savoir :
au niveau pratique :
- le portrait du langage de lenfant en listant une quinzaine dénoncés de lenfant et pouvoir faire la différence entre ce qui est dit par lenfant et ce quil a voulu dire.
- les attitudes à adopter pour favoriser une meilleure communication (se mettre à la hauteur de lenfant, attirer son attention, suivre ses intérêts, parler lentement, utiliser des phrases et un vocabulaire à son niveau)
- la pratique des techniques dauto-verbalisation (le « je », parler de ce que lon fait, voit, entend, etc.) et de verbalisation parallèle (le « tu », parler de ce que voit lenfant, de ce quil entend, de ce quil fait, etc.)
- la pratique des techniques de reformulation (attirer lattention de lenfant, redire lénoncé de lenfant en corrigeant toutes ses erreurs et en mettant laccent sur une seule erreur) et dallongement (redire lénoncé de lenfant en corrigeant toutes ses erreurs sans mettre laccent sur lune delle mais ajouter une idée nouvelle, mettre laccent sur ce mot ou groupe de mots qui constitue lidée nouvelle)
- la pratique des techniques dincitation (choix, phrase en suspend, absurde, ébauche orale, question)
- les livres et les jeux : comment les choisir ? comment les utiliser pour stimuler le langage ?
à un niveau plus « théorique » :
- les aspects du langage (forme, utilisation, contenu) et lanalyse derreurs en fonction de ces aspects (par exemple, pouvoir faire la différence entre une erreur phonologique et une erreur morphosyntaxique).
- les sons du langage (articulation) et lexplication des processus phonologiques simplificateurs.
Chaque séance comprenait des temps de questions et de nombreuses mises en pratiques à partir des énoncés des enfants (liste faite par les parents) au cours desquelles les parents sexerçaient de façon ludique avec dautres parents, chacun expérimentant tour à tour les rôles de parent et denfant. La cohésion du groupe en était fortement renforcée. Les cours étaient accompagnés de « devoirs » à réaliser à domicile (mise en pratique de la technique exposée en cours), linvestissement à la maison est indispensable A chacun de trouver la technique qui convient le mieux à son couple parent-enfant. Bien entendu, il ny a pas de remède miracle ! Chaque cas est particulier.
Suite aux cours, nous avons pu constater que :
- les parents ont un meilleur suivi du développement du langage de leur enfant
- les interactions sont plus nombreuses et plus riches
- les enfants parlent plus
- les parents continuent dutiliser ces stratégies longtemps après la fin du programme
- les prises en charge sont plus efficaces
- parents et enfant ont (re)pris confiance en leurs compétences
En espérant que ceci vous aura donné le goût de travailler encore plus conjointement avec les parents et de découvrir les richesses du counselling
- Ressources :
« Lintervention précoce », Fréquences-revue de lOrdre des Orthophonistes et Audiologistes du Québec, vol. 14, n°1, janvier 2002.
« Lapprentissage des sons et des phrases : un trésor à découvrir », M. Beauchemin, S. Martin & S. Ménard, éd. de lHôpital Sainte-Justine-Montréal, 2000.
www.hsj.qc.ca/editions
« Et si on parlait ensemble à partir des sons et des gestes de votre enfant », G. Guay & C. Toupin-Rochon, éd. de lHôpital Sainte-Justine-Montréal, 1993.
« Parler : un jeu à deux, guide préparé à lintention des parents participant au programme Hanen dapprentissage du langage », A. Manolson. www.hanen.org