Le bilan neuropsychologique chez l'enfant S. Censabella
Université catholique de Louvain
Article paru dans les Cahiers de la SBLU (2002), n°10, 29-41.
Le bilan neuropsychologique est destiné à évaluer diverses fonctions cognitives dites de base, principalement les fonctions attentionnelles, exécutives et mnésiques. Ce bilan est modulable en fonction de la demande mais également (et surtout) en fonction des résultats observés : certaines épreuves seront rajoutées afin de tester des hypothèses élaborées à partir des résultats de lenfant. Par ailleurs, le bilan comporte également une estimation des fonctions intellectuelles : dans le cas de troubles dapprentissage par exemple, il est utile de sassurer que les difficultés ne peuvent être dues à une faiblesse voire une déficience intellectuelle. Enfin, un bilan neuropsychologique peut également évaluer les capacités langagières (lecture et écriture) et numériques (traitement du nombre et calcul).
Lévaluation de chaque fonction repose sur des modèles théoriques qui sous-tendent les diverses épreuves utilisées à ces fins. Dans les lignes qui suivent, nous passerons rapidement sur ces modèles théoriques pour nous pencher sur ce que représentent ces fonctions dans notre vie quotidienne et surtout, sur les épreuves typiques permettant de les évaluer. Souvenez-vous quil ne sagit ici que dexemple dépreuves et non du bilan neuropsychologique de base, fixe et immuable
I. Les Fonctions Attentionnelles
Les troubles des fonctions attentionnelles sont ceux les plus fréquemment rapportés chez lenfant, probablement parce quils sont les plus manifestes. Dans lensemble, les données épidémiologiques montrent une forte proportion denfants décrits « inattentifs » par leurs parents ou instituteurs (environ 30% des filles et 50% des garçons dâge scolaire ; voir par exemple Werry & Quaid, 1971). Des déficits attentionnels sont égalements fréquents ches des enfants présentant des troubles neurologiques divers (p.ex., trauma crânien, épilepsie, anoxie, syndrome de Gilles de la Tourette ), des troubles développementaux (tel que lautisme) ainsi que chez des enfants ayant des troubles dapprentissage (Barkley, 1988 ; Boll, 1983 ; Bornstein, Pakalnis, Drake & Suga, 1988, ODougherty, Neuchterlein & Drew, 1984 ; Roulet-Perez, Davidoff, Despland & Deonna, 1993 ; Taylor, 1989).
Dans le langage courant, lattention peut renvoyer à un état mental (être attentif), un processus mental (faire attention) ou encore à une ressource mentale (manquer de concentration). Dès lors, il est important de pouvoir différencier les divers processus impliqués dans lattention. Les modèles neuropsychologiques récents soulignent le caractère multi-dimensionnel de lattention (Posner & Boies, 1971 ; Posner & Peterson, 1990 ; van Zomeren & Brouwer, 1994). On considère généralement quatre grandes fonctions attentionnelles : lalerte, lattention sélective, lattention divisée et lattention soutenue.
1. Lalerte
Lalerte correspond à létat général déveil du système nerveux central et renvoie à la disposition à traiter des informations et à répondre aux stimulations de lenvironnement. Lalerte peut se modifier de manière tonique ou de manière phasique. La fluctuation du niveau déveil en cours de journée constitue la modification tonique de lalerte : lente, progressive, graduelle et généralisée.
Lalerte phasique représente au contraire une modification soudaine et transitoire du niveau déveil suite à la présentation dun signal avertisseur. Supposez que vous marchez tranquillement sur la plage et vous entendez soudainement quelquun crier « attention, la balle ! ». Dans ce cas, vous allez augmenter votre niveau attentionnel car vous savez quune balle va peut-être vous tomber dessus ! Cette capacité à augmenter son niveau attentionnel lorsquon attend la survenue dun stimulus est lalerte phasique.
En général, lalerte phasique est évaluée à laide dune épreuve informatisée, où lenfant doit réagir le plus rapidement possible à lapparition dun stimulus visuel (une croix sur lécran de lordinateur) précédé ou non dun signal avertisseur (sonore). Normalement, les sujets devraient être plus rapides à réagir lorsque le stimulus est précédé du signal. Les sujets présentant des déficits à ce niveau vont être distraits par le signal, ils seront donc moins en alerte pour traiter correctement linformation qui leur sera présentée.
Il est important de pouvoir déterminer si lalerte phasique est préservée chez des enfants ayant des difficultés attentionnelles. Ainsi, on pourra mettre en place des indices fonctionnant comme signal avertisseur, afin de leur indiquer quil leur faut augmenter leur niveau dattention.
2. Lattention sélective
Lattention sélective est la capacité à répondre de manière sélective à une seule source dinformation (visuelle ou auditive) parmi dautres sans se laisser distraire par dautres stimuli. Il sagit en quelque sorte dun zoom attentionnel permettant de focaliser son attention sur une cible particulière. Ainsi, une institutrice recherchant un élève dans la cour de récréation sollicitera ses capacités dattention sélective visuelle. De même, pour pouvoir suivre une conversation dans un environnement bruyant, il est nécessaire de focaliser son attention sélective auditive sur la (ou les) personne(s) qui vous parle(nt).
Lattention sélective visuelle est classiquement évaluée à laide dépreuves de barrage, dans lesquelles lenfant doit retrouver un signe particulier parmi dautres et en barrer un maximum dans un temps imparti (relativement court).
En ce qui concerne lattention auditive, elle peut être évaluée à laide dépreuves dans lesquelles le sujet doit détecter un mot cible dans une séquence de mots ou encore des irrégularités dans lalternance de sons aigus et graves.
3. Lattention divisée
Dans la vie quotidienne, nous sommes presque constamment amenés à faire plusieurs choses à la fois. Pour cela, nous devons répartir nos ressources attentionnelles de manière optimale afin de parvenir à réaliser ces différentes choses correctement (et non en privilégier une au détriment des autres). Le partage des ressources attentionnelles constitue lattention divisée. Celle-ci entre en jeu dès lécole, où il faut pouvoir, entre autres, écouter et écrire en même temps.
Pour évaluer les capacités dattention divisée, on demande en général à lenfant de réaliser deux tâches en même temps. On regarde alors, en comparant les résultats obtenus à ces tâches réalisées seules, si les performances ne sont pas trop détériorées et si les deux sont bien correctement réalisées.
Dans lattention divisée, un facteur important à prendre en compte est la « quantité » de ressources attentionnelles dont dispose une personne. En effet, les enfants ayant des ressources limitées sont, au départ, « lésés ». Dautre part, la quantité de ressources que requiert les tâches à réaliser est également à considérer. Les tâches qui ne sont pas encore automatisées (en début dapprentissage notamment, comme lécriture par exemple), consomment énormément de ressources ; dès lors les ressources disponibles (i.e., pour faire autre chose) seront sensiblement amoindries.
4. Lattention soutenue
Lattention soutenue est la capacité à maintenir son attention sur une longue période de temps. Elle est particulièrement sollicitée à lécole, lorsquil sagit de rester concentré plusieurs heures daffilées.
Lobservation clinique permet déjà dappréhender les capacités dattention soutenue de lenfant. Il existe également de longues épreuves de barrage permettant dobjectiver ces capacités. En outre, ces épreuves peuvent mettre en évidence un effet de fatigue ou une fluctuation attentionnelle. Enfin, bien que ces deux méthodes sont complémentaires, elles peuvent fournir des informations qui semblent, à première vue, contradictoires. En effet, certains enfants sont capable de rester concentrés tout au long de la séance mais ne peuvent rester plus de quelques minutes sur la même tâche ou inversement, ils peuvent réaliser une tâche longue et monotone mais ne peuvent maintenir leur attention soutenue sur une longue période de temps. Ces informations sont primordiales pour les prises en charges (quelles soient neuropsychologiques ou autres).
Lévaluation des fonctions attentionnelles est importante pour bien comprendre le fonctionnement cognitif mais il ne suffit pas de se limiter à lobservation clinique. Chaque fonction nous apporte des informations précieuses sur le fonctionnement de lenfant, informations qui seront dès lors exploitées lors des prises en charge.
Gardons à lesprit que des difficultés attentionnelles constituent en clinique la plainte la plus fréquente.
II. Les Fonctions Exécutives
Les fonctions exécutives recouvrent tout un ensemble de processus dont la fonction principale est de faciliter ladaptation du sujet aux exigences et fluctuations soudaines de lenvironnement et, en particulier, aux situations nouvelles (lorsque nos routines dactions ne sont plus suffisantes). Elles constituent de véritables fonctions régulatrices du comportement.
Sur le plan théorique, le modèle de contrôle attentionnel de laction développé par Norman et Shallice (1980) est à lorigine des propositions théoriques les plus pertinentes dans le domaine des fonctions exécutives. Ce modèle est basé sur lidée que nous sommes capable de réaliser un grand nombre dactivités sans réellement y prêter attention, de manière automatique, alors que certaines situations (telles que les situations nouvelles qui impliquent une composante de planification) requièrent un contrôle attentionnel volontaire.
Les fonctions exécutives entrent donc en jeu lorsquune tâche requiert la mise en uvre de processus contrôlés. Signalons également que celles-ci sont fortement liées au lobe frontal (ou, plus exactement, au cortex préfrontal), doù lappellation, encore fréquente, de « fonctions frontales » (fortement controversée aujourdhui puisque ces fonctions ne dépendent pas exclusivement des régions frontales mais dun réseau cérébral plus large).
Dans le cadre dun bilan neuropsychologique, 3 processus exécutifs font lobjet dune évaluation : les capacités de planification, dinhibition et de flexibilité.
1. La planification
Une des épreuves utilisées pour évaluer la planification et lexécution de comportements dirigés vers un but (élaboration, mise en uvre et évaluation de programmes dactions) consiste simplement en une série de labyrinthes. En effet, lenfant doit alors bien planifier son tracé pour trouver la sortie en faisant le moins derreurs possible. On peut également utiliser lépreuve appelée « Tour de Londres », dans laquelle lenfant doit déplacer des boules sur des tiges afin de reproduire plusieurs modèles à partir dune disposition particulière. Pour y parvenir, lenfant doit toutefois réaliser le modèle en un nombre donné de déplacements tout en respectant certaines règles (comme ne déplacer quune seule boule à la fois). Cette épreuve exige donc que lenfant planifie les déplacements quil doit effectuer afin de parvenir au résultat escompté dans le nombre de mouvements imparti.
Des difficultés de planification vont se révéler notamment par des difficultés dorganisation et de structuration : lorsque lenfant doit faire ses devoirs par exemple, il ne va pas structurer ou organiser son travail ; au contraire, il procèdera « au hasard » et fera le premier travail quil aura devant lui, ce qui peut être peu adapté surtout sil a plusieurs exercices à faire en un temps limité. De telles difficultés se verront également dans ses rédactions, qui seront mal structurées. Enfin, en situation de résolution de problèmes, comme des problèmes arithmétiques, un enfant avec des difficultés de planification aura du mal à structurer les informations qui lui sont données dans lénoncé et/ou à planifier la succession dopérations quil devra réaliser pour résoudre ce problème.
2. Linhibition
Les mécanismes dinhibition peuvent se distinguer selon le type de processus auquel ils sappliquent : moteurs ou cognitifs (Harnishfeger, 1995).
Linhibition motrice renvoie à la capacité à contrôler son comportement afin dinhiber (« réfréner ») des comportements moteurs automatiques (p.ex., contrôle de limpulsivité motrice). Lobservation de lenfant pendant la séance de testing nous permet déjà une première appréciation de ses capacités dinhibition.
En effet, on peut voir si lenfant est capable de rester tranquille sur sa chaise, sans se lever, sans se tortiller dans tous les sens ou encore sans chipoter sans arrêt avec tout ce qui se trouve à sa portée. Néanmoins, les difficultés dinhibition ne sont pas toujours aussi manifestes : certains enfants parviennent correctement à se contrôler mais au prix dun effort relativement considérable, ce qui aura alors des répercussions négatives sur ses capacités (via une réduction des ressources attentionnelles).
Dans une épreuve, on demande à lenfant de rester immobile, les yeux fermés, jusquà ce quon lui dise que cest fini. Pendant ce temps, on le distrait (en laissant tomber des objets, frappant sur la table ) pour voir sil est bien capable de « résister à la tentation » de réagir aux stimulations. Pour pouvoir réaliser correctement cette épreuve, il doit donc véritablement inhiber les comportements automatiques tels que celui douvrir les yeux pour voir ce qui est tombé.
De tels déficits dinhibition motrice sont de loin les plus évidents à déceler, notamment chez les jeunes enfants. Toutefois, linhibition a également un versant cognitif, qui consiste alors au contrôle « mental » des informations que lon traite (p.ex., suppression dinformations automatiques ou non pertinentes pendant un traitement cognitif en cours ou inhibition de réponses compétitives pour résoudre une interférence) et a des implications dans de nombreuses activités.
En effet, dans les épreuves dattention sélective visuelle, lenfant doit également pouvoir inhiber les éléments non pertinents (càd les autres signes présentés sur la feuille) pour ne pas commettre derreurs. De plus, de nombreuses autres tâches impliquent lactivation automatique dinformations non pertinentes pour la tâche en cours quil faut alors savoir inhiber. Par exemple, dans des tâches de mémoire verbale à long terme, où il sagit souvent dapprendre une liste de mots, il faut ne pas se laisser « envahir » par des mots associés mais non présents dans la liste (face au mot-cible « rivière », les mots « lacs », « eau » ou « poisson » doivent être inhibés).
Classiquement, on administre lépreuve de Stroop (Stroop, 1935) basée sur linterférence. Celle-ci consiste à présenter des mots de couleurs écrits dans une autre couleur (p. ex., le mot « rouge » est écrit en bleu), la tâche de lenfant étant de dire le plus vite possible dans quelle couleur les mots sont écrits (dans lexemple ci-dessus, il faut donc dire « bleu »). Dans cette épreuve, la lecture automatique des mots vient interférer avec la réponse correcte ; il sagit donc de pouvoir inhiber cette lecture automatique.
Linhibition est un des composants fondamentaux de notre fonctionnement et est considérée par certains comme un facteur déterminant du développement cognitif dun individu (Dempster, 1992 ; Harnishfeger & Bjorklund, 1993 ; McDowd, Oseas-Kreger & Filion, 1995).
Rappelons également que le déficit dinhibition et du contrôle de limpulsivité motrice est considéré comme le déficit central du Déficit dAttention avec Hyperactivité (ADHD), relativement fréquent chez lenfant (de 3 à 5% ; Thomas & Willems, 1997). Or ces troubles entraînent de nombreux problèmes sur le plan comportemental (tels que lagressivité) et social (pauvres relations sociales avec les pairs) et persistent fréquemment à lâge adulte, pouvant alors entraîner des perturbations sur le plan professionnel et relationnel (Barkley, 1990). En outre, lADHD est également associé à des troubles de lapprentissage et le risque déchec ou de décrochage scolaire est particulièrement élevé. LADHD constitue donc un réel handicap qui se manifeste tant sur le plan social que sur le plan scolaire (et ultérieurement, professionnel). On ne saurait dès lors, négliger un enfant qui se montre particulièrement agité « parce quil est encore jeune ».
3. La flexibilité
La flexibilité correspond à la capacité à passer dun type de traitement de linformation à un autre de manière fluide et rapide.
Les capacités de flexibilité sont fréquemment sollicitées à lécole. Par exemple, on donne souvent à lenfant des séries de calculs à réaliser où sont mélangées différentes opérations arithmétiques ou encore des séries de phrases où les verbes sont à linfinitif et que lenfant doit conjuguer selon le temps demandé, différent pour chaque phrase. Ce type dexercice requiert la capacité à changer son set de réponse de manière flexible et rapide. Des enfants qui ont des difficultés de flexibilité vont soit continuer sur leur lancée, soit rester bloqués devant leur feuille et mettre un temps important à réaliser ces exercices.
Une des épreuves classiquement utilisées pour évaluer la flexibilité consiste à présenter à lenfant une feuille sur laquelle sont écrits des chiffres et des lettres. Lenfant doit alors les relier dans lordre croissant, mais en alternant les chiffres et les lettres, càd quil doit faire 1A-2B-3C-etc. On regarde alors le temps quil met et sil respecte la condition dalternance.
III. Les Fonctions Mnésiques
Dans le domaine complexe de la mémoire, on oppose la mémoire à court terme à la mémoire à long terme. La mémoire à court terme ou mémoire de travail est un système de stockage à capacité limitée qui maintient actives les informations le temps nécessaire à leur exploitation. La mémoire à long terme, qui dispose de capacités de stockage illimitées, fonctionne sur des durées beaucoup plus longues et est constituée de lensemble des connaissances et des savoirs-faire acquis de manière durable.
En outre, on distingue généralement la modalité dans laquelle les informations sont présentées : modalité auditivo-verbale ou visuelle.
1. La mémoire de travail
Si les conceptions de la mémoire de travail sont nombreuses, toutes saccordent sur le fait que ce système se réfère au système impliqué dans le maintien temporaire et la manipulation dinformations pendant la réalisation dune variété de tâches cognitives (Baddeley, 1986). Le modèle tripartite élaboré par Baddeley (1986, 1997), composé dun système de contrôle attentionnel, ladministrateur central, chargé de superviser et de coordonner deux systèmes esclaves, la boucle phonologique et le registre visuo-spatial, reste à lheure actuelle le modèle de référence en neuropsychologie cognitive.
La boucle phonologique, spécialisée dans le stockage temporaire dinformations verbales, est classiquement évaluée par les tâches dempan de chiffres ou de mots (courts vs longs ou phonologiquement similaires vs dissimilaires). Les tâches impliquant des non-mots (ou pseudo-mots), considérées comme des mesures plus pures de la boucle phonologique, sont également fréquemment utilisées.
Le registre visuo-spatial est le composant spécialisé dans le traitement et le maintien temporaire dinformations visuo-spatiales. Moins largement étudié que la boucle phonologique, le fonctionnement de ce système nest encore que partiellement compris. Ce manque de connaissances théoriques se reflète au niveau clinique : nous ne disposons en effet que de deux types dépreuves évaluant le registre visuo-spatial, selon que linformation soit présentée de manière simultanée ou séquentielle.
Le Block Tapping Test constitue la tâche classique pour évaluer le stockage à court terme dinformations visuo-spatiales présentées séquentiellement : lexpérimentateur touche, de manière aléatoire, des blocs disposés sur une planche dans des séquences de longueur croissante et on demande à lenfant de reproduire ces séquences. Lempan visuo-spatial simultané, où il sagit de mémoriser la localisation de cases noircies sur des grilles, constitue le second type dépreuves.
Enfin, ladministrateur central est le composant le plus important du modèle, impliqué dans la régulation de la mémoire de travail. Il sagit dun système attentionnel de contrôle à capacité limitée, dont le rôle est de coordonner des informations en provenance de différentes sources. Ladministrateur central remplit diverses fonctions, telles que la manipulation de linformation maintenue en mémoire de travail, évaluée par lempan de chiffres en ordre inverse, ou encore lallocation des ressources durant la réalisation simultanée de deux tâches (attention divisée).
2. La mémoire à long terme
La mémoire à long terme est composée de quatre systèmes : la mémoire procédurale (impliquée dans lapprentissage dhabiletés perceptive-motrices et cognitives ainsi que dans le conditionnement), le système de représentation perceptive (qui permet dacquérir et de stocker des connaissances relatives à la forme et à la structure des mots, objets, etc.), la mémoire sémantique (permettant lacquisition et le maintien de connaissances générales sur le monde) et la mémoire épisodique (permettant à un individu de se souvenir et de prendre conscience des évènements quil a personnellement vécu dans un contexte spatial et temporel particulier).
Dans le cadre dun bilan neuropsychologique, seule la mémoire épisodique fait lobjet dune investigation.
Pour évaluer la mémoire épisodique auditivo-verbale, on utilise des tâches dapprentissage de mots, dans lesquelles on lit à lenfant, à plusieurs reprises, une liste de mots quil doit tenter dapprendre. Puis, après un délai variable selon les épreuves, on redemande à lenfant de rappeler les mots de la liste. En cas de difficultés, il sagit alors didentifier le processus qui pose problème : lencodage, le maintien à long terme ou la récupération des informations.
Comme pour la mémoire de travail, nous ne disposons que peu dépreuves évaluant la mémoire épisodique visuo-spatiale. Lune dentre elles consiste à présenter à lenfant des images censées être non significatives en lui demandant de les mémoriser. Vingt minutes après la présentation, on procède alors à une phase de reconnaissance. Il existe également des épreuves de reproduction de dessin de mémoire, mais qui requièrent une extrême prudence quant à linterprétation des résultats du fait des divers processus impliqués.
Conclusions
Lévaluation neuropsychologique, présentée a minima ici, présente plusieurs avantages.
Elle permet dévaluer les conséquences de troubles développementaux et/ou neurologiques sur le fonctionnement cognitif de lenfant. Chez des enfants en difficultés dapprentissage, il sagit dévaluer leurs capacités de base. En effet, des difficultés scolaires peuvent être liées à divers facteurs (motivationnel, psychologique, cognitif ou affectif) ; une évaluation permettra alors décarter lhypothèse dun dysfonctionnement cognitif (voire dune limitation intellectuelle) ou, du moins, den saisir la portée (un déficit cognitif pouvant très bien ne pas expliquer les difficultés présentées par lenfant).
Dans les deux cas, il sagit lors dun bilan de bien cibler le processus qui pose problème. En effet, un enfant dit « dans la lune » pourra en fait présenter des difficultés dinhibition et non attentionnelles. De même, bien souvent, lentourage des enfants rapportent des difficultés de mémoire ou de concentration qui sont en fait des déficits dattention sélective auditive dans le premier cas, et visuelle dans lautre. En réalité, une tâche implique différents processus et un déficit dune fonction cognitive a souvent des répercussions sur dautres fonctions. Le bilan neuropsychologique permet de faire la part des choses et de bien préciser le lieu des difficultés. Rappelons quune évaluation ne se borne pas à la comparaison des résultats de lenfant avec les normes dont on dispose, mais elle implique une interprétation qualitative de ses résultats.
Un bilan neuropsychologique, comme toute évaluation, permettra ainsi de mettre en évidence les difficultés de lenfant (voire ses déficits), mais surtout de connaître ses capacités préservées. Celles-ci sont dune importance capitale en vue dune éventuelle prise en charge ou même pour dautres types de rééducation (pour la logopédie, par exemple, si la mémoire verbale est très faible, on pourra sappuyer sur les capacités de la mémoire visuo-spatiale).
Ainsi, un bilan (et éventuellement une revalidation) neuropsychologique sinscrit parfaitement dans une perspective multidisciplinaire, intégrant diverses approches et dimensions de lenfant.
Enfin, nous tenons à rappeler que la pratique clinique est subordonnée aux connaissances théoriques et à la recherche. Les évaluations neuropsychologiques doivent donc être théoriquement fondées et reposer sur les modèles théoriques de la neuropsychologie cognitive.
Sandrine Censabella
Références
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Lectures conseillées :
Neuropsychologie :
Seron, X. & Van der Linden, M. (Eds.) (2000). Traité de neuropsychologie clinique. Marseille, France: Solal.
Neuropsychologie de lenfant:
Teeter, P. A., & Semrud-Clikeman, M. (1997). Child Neuropsychology: Assessment and interventions for neurodevelopmental disorders. Needham Heights, MA: Allyn & Bacon.